L’interdiction de la bouillie bordelaise en viticulture bio ne concerne pas le cuivre dans son ensemble. Les retraits d’AMM récents visent des formulations précises, souvent à cause de leurs coformulants, pas de la substance active seule. Pour répondre à vos clients avec précision, il faut distinguer ce qui est réellement interdit de ce qui reste autorisé, et identifier les alternatives crédibles à court terme.
Coformulants interdits et cuivre maintenu : ce que disent les textes
La confusion entre « interdiction du cuivre » et « retrait de certains produits à base de cuivre » alimente une partie des inquiétudes. Le règlement européen 2025/1489 a prorogé l’approbation du cuivre comme substance active jusqu’au 31 décembre 2029. Le cuivre reste donc utilisable en agriculture biologique.
En revanche, l’Anses a retiré l’autorisation de mise sur le marché de 19 fongicides contenant du cuivre, dont plusieurs formulations classiques de bouillie bordelaise. Ces retraits sont liés au règlement (UE) 2026/1120, qui interdit certains coformulants jugés trop toxiques pour l’environnement.
| Élément réglementaire | Statut actuel | Conséquence pour le vigneron bio |
|---|---|---|
| Cuivre (substance active) | Approuvé jusqu’au 31/12/2029 (UE 2025/1489) | Utilisable dans les produits reformulés |
| Bouillie bordelaise classique (certaines AMM) | AMM retirées (Anses, juillet 2025) | Produit indisponible, stocks à écouler selon délais légaux |
| Coformulants visés par le règlement 2026/1120 | Interdits au niveau européen | Les firmes doivent reformuler ou retirer leurs produits avant 2028 |
| Dose maximale de cuivre/ha/an | Tendance à la baisse (de 6 à 4 kg dans la réglementation récente) | Obligation de réduire les apports même avec des produits autorisés |
Ce tableau résume la situation que vous pouvez transmettre directement à un client viticulteur bio. Le cuivre n’est pas interdit, mais ses conditions d’usage se durcissent sur deux fronts simultanés : la composition des produits et les quantités applicables.

Produits cuivre reformulés : quelles options restent compatibles avec le cahier des charges bio ?
Les firmes phytosanitaires qui reformulent leurs spécialités en remplaçant les coformulants prohibés peuvent maintenir des produits à base de cuivre compatibles avec l’agriculture biologique. Ces nouvelles formulations sont souvent présentées comme moins toxiques pour les sols et les organismes aquatiques.
La question que posent les vignerons bio porte sur l’efficacité réelle de ces reformulations contre le mildiou, maladie pour laquelle le cuivre reste le principal levier préventif autorisé. Les premiers retours terrain manquent encore de recul, mais la logique réglementaire est claire : les reformulations visent à conserver l’efficacité du cuivre sans les coformulants problématiques.
Pour vos clients, trois points méritent d’être clarifiés :
- Un produit cuivre reformulé et ré-homologué par l’Anses reste pleinement utilisable en bio, à condition qu’il figure sur la liste des intrants autorisés par l’organisme certificateur.
- Les stocks de produits dont l’AMM a été retirée peuvent être utilisés pendant un délai de grâce défini par l’Anses, variable selon les spécialités concernées.
- La baisse de la dose maximale autorisée par hectare implique d’optimiser le positionnement des traitements (stade phénologique, pression mildiou, météo) plutôt que de multiplier les passages.
Alternatives au cuivre en viticulture bio : où en est-on concrètement ?
Les alternatives au cuivre en viticulture bio font l’objet de recherches depuis plusieurs années, mais aucune solution de remplacement complet n’a atteint le stade de fiabilité opérationnelle à grande échelle. C’est précisément ce qui rend la question sensible auprès des vignerons.
Les pistes les plus avancées incluent des préparations à base de phosphonates (dont le statut réglementaire en bio reste discuté au niveau européen), des stimulateurs de défense des plantes (SDP) et des micro-organismes antagonistes. Aucune de ces alternatives ne remplace le cuivre à elle seule contre le mildiou.
La stratégie réaliste pour un vigneron bio consiste à combiner plusieurs leviers :
- Réduction des doses de cuivre par un pilotage fin des traitements (modèles de prévision, observation parcellaire).
- Utilisation de SDP en complément pour renforcer la résistance naturelle de la vigne aux stades précoces.
- Travail sur l’aération du feuillage (ébourgeonnage, palissage) pour limiter les conditions favorables au mildiou.
- Choix de cépages ou de porte-greffes présentant une tolérance partielle, lorsque les cahiers des charges d’appellation le permettent.

Répondre aux clients bio : distinguer l’alerte médiatique de la réalité réglementaire
La couverture médiatique de l’interdiction de la bouillie bordelaise a généré un niveau d’anxiété disproportionné par rapport à la portée réelle des décisions. Certains vignerons bio craignent de ne plus pouvoir traiter leurs vignes dès le millésime 2026. Cette crainte repose sur une lecture incomplète des textes.
Le millésime 2026 reste protégeable avec des produits cuivre autorisés, à condition d’utiliser des spécialités dont l’AMM est toujours valide ou reformulée. Le vrai enjeu se situe à moyen terme : la tendance européenne vise une réduction progressive du cuivre, avec un horizon 2029 pour la prochaine réévaluation de la substance active.
Face à un client inquiet, la réponse factuelle tient en trois éléments. Le cuivre reste approuvé au niveau européen. Les produits retirés le sont pour des raisons de formulation, pas d’efficacité ou de dangerosité du cuivre lui-même. Les doses maximales baissent, ce qui impose une meilleure précision dans les traitements, pas leur abandon.
La filière bio n’est pas privée de son outil principal, mais contrainte de l’utiliser autrement. C’est un message plus nuancé qu’une interdiction totale, et plus exact. Les vignerons qui anticipent la baisse des doses en investissant dans le pilotage agronomique seront les mieux positionnés lorsque la prochaine révision réglementaire interviendra en 2029.

